Le Blog Patrimonial

Transmission & famille

Succession et donation au dernier vivant : quels droits pour le conjoint ?

Donation au dernier vivant : droits légaux du conjoint, trois options, réserve des enfants, testament et étapes chez le notaire expliqués.

Succession et donation au dernier vivant : quels droits pour le conjoint ?

Mis à jour le 12 septembre 2026.

À retenir : la donation au dernier vivant est un acte notarié réservé aux couples mariés. Elle ne transmet rien immédiatement, mais élargit les choix du conjoint au décès, dans les limites de la réserve des enfants. Le conjoint survivant reste exonéré de droits de succession.

Dans une succession donation au dernier vivant, deux questions doivent être séparées : quels biens appartiennent au défunt, puis quelle part peut recueillir son époux. Le régime matrimonial répond à la première, les droits successoraux et la donation entre époux à la seconde. L’acte ne donne donc pas automatiquement tout le patrimoine au survivant.

Le point de départ : les droits légaux du conjoint marié

Sans disposition particulière, l’époux survivant hérite. En présence d’enfants tous communs au couple, il choisit entre l’usufruit de toute la succession et le quart en pleine propriété. Si le défunt laisse au moins un enfant qui n’est pas commun aux deux époux, le conjoint reçoit légalement un quart en pleine propriété.

La donation entre époux améliore cette protection sur les biens qui existeront au décès. Réservée aux personnes mariées, elle ne doit pas être confondue avec une donation ordinaire prenant effet du vivant. Un partenaire de PACS doit employer d’autres outils, présentés dans notre dossier sur le testament et le PACS.

Point clé : le contrat de mariage détermine ce qui entre dans la succession. La donation entre époux détermine ce que le survivant peut recevoir dans cette succession.

Les trois options ouvertes quand il existe des enfants

La donation au dernier vivant permet généralement au conjoint de retenir l’une des trois quotités spéciales entre époux prévues par le Code civil. Le choix concret dépend de l’acte et de la composition familiale.

OptionEffet pour le conjointVigilance pratique
Usufruit universelUsufruit sur toute la successionLes enfants reçoivent la nue-propriété et le démembrement doit être géré
Option mixteUn quart en pleine propriété et trois quarts en usufruitElle combine propriété définitive et droit d’usage ou aux revenus
Quotité disponible en pleine propriétéLa moitié avec un enfant, un tiers avec deux, un quart avec trois enfants ou plusLa réserve héréditaire des enfants demeure intacte

En l’absence de descendant, l’acte peut permettre de transmettre toute la succession au conjoint, sous réserve notamment de droits de retour susceptibles de concerner certains biens de famille. La clause exacte doit donc être relue, plutôt que résumée par la formule « tout au conjoint ».

Réserve des enfants : un exemple pour comprendre le calcul

Prenons une succession nette de 300 000 euros avec deux enfants. La quotité disponible ordinaire en pleine propriété est d’un tiers, soit 100 000 euros. Une donation entre époux peut aussi ouvrir l’option d’un quart en pleine propriété, soit 75 000 euros, et des trois quarts restants en usufruit, ou encore de l’usufruit sur les 300 000 euros.

Ces options ne s’additionnent pas : le conjoint en retient une. La valeur fiscale de l’usufruit n’est pas l’étendue civile de ses droits. Une organisation antérieure entre enfants, telle une donation-partage en indivision, doit aussi être intégrée au règlement.

Donation, testament et régime matrimonial : quatre effets distincts

Un testament est une disposition unilatérale à cause de mort. Il peut avantager un conjoint, mais aussi un autre bénéficiaire, dans les limites légales. La donation au dernier vivant vise seulement l’époux et exige un acte notarié. Elle peut être consentie avant ou pendant le mariage.

Le régime matrimonial intervient en amont. Sous un régime communautaire, le survivant reprend ses biens propres et sa part de communauté. Seule la part du défunt forme la succession. Un avantage matrimonial n’a donc ni la même assiette ni le même mécanisme qu’une libéralité successorale.

Enfin, ces droits ne se confondent pas avec les prestations liées au veuvage. Les conditions d’une pension de réversion et la prise en compte du Livret A relèvent de règles propres.

Du rendez-vous notarié au choix exercé après le décès

L’acte est reçu par un notaire et inscrit au Fichier central des dispositions de dernières volontés. Chaque époux prend une décision distincte. Pour les frais et formalités, un chiffrage daté est préférable à un montant présenté comme permanent.

Une donation entre époux de biens futurs est en principe révocable par son auteur, sans accord du bénéficiaire. Le divorce la révoque en principe, sauf volonté contraire maintenue dans les conditions légales. Au décès, le notaire liquide d’abord le régime matrimonial, identifie héritiers et actif net, puis présente les options prévues par l’acte. Le conjoint peut accepter l’option choisie, cantonner la libéralité à certains biens si l’acte et la loi le permettent, ou renoncer à la libéralité. Renoncer à la donation ne signifie pas nécessairement renoncer à toute la succession.

Atouts et pièges à examiner avant de signer

L’avantage principal est la souplesse laissée au survivant face à une situation connue seulement au décès : besoin de revenus, maintien dans un logement ou souhait de recevoir une part immédiatement disponible. Depuis 2007, le conjoint survivant est exonéré de droits de succession. La donation n’ajoute donc pas une exonération fiscale ; elle agit d’abord sur l’étendue et la forme de ses droits.

Ses limites sont concrètes. L’usufruit organise une gestion durable avec les nus-propriétaires, tandis que la pleine propriété réduit ce que les enfants reçoivent immédiatement. Famille recomposée, actif professionnel ou biens peu liquides rendent l’arbitrage plus sensible. L’acte doit rester cohérent avec le testament, le contrat de mariage et les donations antérieures.

Questions fréquentes

Comment se passe la succession en cas de donation au dernier vivant ?

Le notaire liquide le régime matrimonial, détermine l’actif successoral et vérifie l’acte. Le conjoint choisit ensuite parmi les quotités qui lui sont ouvertes. Les droits des enfants sont calculés selon cette option.

Quels sont les inconvénients d’une donation au dernier vivant ?

Elle peut installer un démembrement long, différer les droits des enfants et compliquer la gestion d’actifs indivis ou professionnels. Elle doit aussi être actualisée après un changement familial ou patrimonial.

Quels sont les avantages d’une donation au dernier vivant ?

Elle élargit les choix du conjoint et permet d’adapter la répartition au contexte du décès. Elle est particulièrement utile lorsque les droits légaux en pleine propriété paraissent trop étroits.

Quel est l’avantage de faire une donation entre époux ?

L’époux survivant peut arbitrer entre usufruit, pleine propriété et solution mixte lorsque des enfants existent. Ce choix n’est accessible ni au concubin ni, sous cette forme, au partenaire pacsé.

Conclusion : une protection à coordonner

La donation au dernier vivant ne remplace ni les droits légaux du conjoint, ni un testament, ni le régime matrimonial. Elle ajoute des options au moment du décès, tout en préservant la réserve des enfants. Son intérêt se mesure donc à la composition familiale, à la nature des biens et aux besoins que pourrait rencontrer le survivant. Avant toute signature, l’enjeu est de faire relire ensemble contrat de mariage, donations antérieures, testament et clause proposée. Après un divorce, une naissance ou une évolution importante du patrimoine, cette cohérence mérite d’être vérifiée de nouveau, sans attendre l’ouverture de la succession.

Sources : ministère de l’Économie, succession entre époux ; Notaires de France, donation entre époux. Règles consultées le 12 septembre 2026.